Interview with Jonathan Bréchignac for Carpet with Bic pencils, nominated in Graphism category (interview in french).
- Bonjour, Pouvez-vous vous présenter ?
Je suis Jonathan Bréchignac, 26 ans. Je viens de Provence, j’ai vécu 7 ans aux Pays-Bas et 3 ans en Belgique. Je vis et travaille à Paris où je me suis installé il y a un peu plus de 2 ans. Je suis directeur artistique et créatif free lance, j’ai été diplômé de l’École de Recherche Graphique de Bruxelles.
- Pouvez-nous parler de votre projet “Carpet with Bic pencils ” ? Quel est le message que vous avez voulu faire passer ?
L’idée du Tapis est partie d’un constat : la plupart des images que je réalise, en tant que graphiste, sont produites rapidement. Aujourd’hui, les quantités astronomiques de visuels que nous consommons sur les blogs ou dans les magazines, ont une durée de production qui dépasse rarement quelques jours. C’est le concept et l’accroche qui priment. J’avais envie de prendre le temps. Le temps de réaliser quelque chose qui mettrait l’accent sur la notion de durée et sur le labeur. Je suis fasciné par ces grands maîtres, artisans ou artistes, qui autrefois pouvaient vouer leur existence à travailler sur une seule pièce. J’ai passé un an et demi à dessiner chaque soir et poil par poil, comme un mantra, un petit bout du tapis, après une journée consacrée à créer des visuels pour la publicité. J’avais la tête remplie de milliers d’images vues en visitant des blogs inspirationnels. C’était juste pour moi, comme une méditation pour me vider la tête.
J’ai aussi utilisé des moyens rudimentaires : une grande feuille de papier, un stylo Bic noir et… du temps. C’est le principe du “less is more”. Pour la petite histoire, il m’a fallu qu’un seul stylo pour réaliser la totalité du tapis. Quant au sujet, qui a aussi donné sa forme et ses dimensions au dessin, c’est un tapis de prière musulman. Un tapis en papier, il ne peut pas servir à prier. Mon message n’est ni spirituel, ni religieux, mais j’avais envie de questionner le tabou de notre société occidentale envers le monde musulman. Après tout, Justice s’est bien approprié la croix chrétienne !
J’ai essayé de mélanger les influences en incluant des motifs aussi bien inspirés des arts Amérindiens, Incas, d’encres japonaises et de l’art Roman que de camouflage militaire ou de pelage animal.
Depuis la parution sur Fubiz, j’ai terminé le tapis. Dans chacun des coins, il y a maintenant un “QR code” relié au site thecarpet.net (encore en construction) qui lui est dédié. Ainsi il se prolonge sur le web et les images qui sont ciblées sont modulables. J’aime bien cette idée de “tapis 2.0″, de mêler une technique très artisanale qu’est le dessin au purement digital. D’ailleurs dessiner les pixels des “QR codes” pour qu’ils soient effectivement flashables avec un téléphone n’a pas été une mince affaire !
- Quels sont vos projets pour l’année 2012 ?
J’ai eu des contacts intéressants avec des galeries pour exposer. Mais il est vite apparu que faire une exposition avec une seule pièce n’était pas évident. Je me suis donc lancé dans la création d’une série. Mon but est d’en réaliser au moins 5 ! J’ai plein d’idées, j’en ai déjà commencé un second, sur le même principe mais avec quelques surprises.
J’ai aussi commencé à travailler avec une designer avec qui je réfléchis à des objets valorisants liés à cette recherche de motif, à des applications en 3D, c’est très stimulant, mais je ne sais pas encore où ça va me mener. J’ai aussi eu des touches avec des gens aux émirats, j’aimerais bien que ça débouche sur quelque chose de ce côté là.
- Quel est votre souhait pour l’année à venir ?
Je souhaiterais continuer à développer cette série autour des tapis et que cela suscite des idées pour d’autres collaborations.
Plus généralement, il s’est quand même passé des choses folles en 2011 : une catastrophe nucléaire, un séisme dans le monde financier, pas mal de dictateurs évincés lors du printemps arabe, l’effondrement du mythe de l’homme intouchable comme DSK, Berlusconi ou Poutine, et une prophétie Inca annonçant la fin du monde dans mois d’un an. C’est une période de grands changements, une période charnière historique de laquelle vont naître de nouveaux horizons. Je l’espère. Et si jamais tout s’écroule, je continuerai à dessiner des trucs super compliqués avec un stylo bille pour oublier que le monde marche sur la tête.


