Interview avec Yves Marchand & Romain Meffre pour Ruins Of Detroit, nominés dans la catégorie Photography

Bonjour, Pouvez-vous vous présenter ?
Nous sommes 2 photographes de 30 et 24 ans, nés et vivant dans les environs de Paris. Nous photographions le paysage urbain et les ruines depuis pratiquement 10 ans maintenant.
Pouvez-nous parler de votre projet « Ruins of Detroit » ? Quel est le message que vous avez voulu faire passer ?
Detroit a une place majeur dans l’histoire de nos société moderne, véritable capitale du XXème siècle elle a engendré un système qui semble l’avoir annihilé, on a l’impression que la logique industrielle et consumériste, de production et de renouvellement, a été en quelque sorte accélérée et poussée à son paroxysme, jusqu’à s’étendre aux bâtiments puis à la totalité de la structure urbaine. Motor City présente ainsi tous les bâtiments archétypaux de la ville américaine dans un état de ruine. Tous ces vestiges forment ainsi différentes strates d’une seule et même histoire et c’est ce qui nous intéressait, partir d’une échelle locale, assembler tous ces fragments pour essayer d’aller vers une vision beaucoup plus générale.
Au cours des 5 années qu’a duré ce projet, nous avons essayé de mener des visites quasi systématiques des ruines de la ville. Ce qui nous intéresse est le rapport entre ce qu’un lieu incarne ou ce qu’il se devait d’incarner (par sa fonction, son architecture), sa « psychologie » en quelque sorte, et l’évolution, la transformation de ce lieu par notre société. Les édifices monumentaux qui sont souhaités comme des formes immuables se retrouvent abandonnés subitement au même titre que n’importe quel produit jetable. Ces vestiges deviennent une démonstration spectaculaire de notre nature et de ses paradoxes, ou notre habilité a créer et à détruire par la même occasion.

Quels sont vos projets pour l’année 2012 ?
Depuis 2006, nous travaillons sur les anciennes salles de spectacle américaines et leur mutation, ce dont on pouvait déjà avoir un premier aperçu à Detroit. Certaines de ces salles sont en effet à l’abandon mais beaucoup on été reprises à des usages divers : espace de stockage, espace technique, magasin, église etc… Il s’agit comme dit précédemment d’observer la manière dont la société se réintroduit, envahie physiquement ces lieux et les métamorphose. On a donc une confrontation entre une architecture d’apparat, un décor éclectique et les conditions contemporaines de ces espaces. Ces salles, endroits de culture et de fantaisie deviennent ainsi des lieux hybrides, mélange entre nos croyances passées et notre condition actuelle.
Quelle est votre souhait pour l’année à venir ?
Nous souhaitons simplement pouvoir continuer nos projets dans les meilleurs conditions possibles.


